Assurer contre les pertes et dommages

Bopha - CIMSS Tropical Cyclones

Bopha – CIMSS Tropical Cyclones

Comme le rappellent douloureusement les ouragans Sandy ou Bopha, les catastrophes naturelles ont des conséquences économiques et sociales majeures sur les populations. Dans la mesure où le nombre et l’intensité des catastrophes naturelles vont – très probablement – augmenter au cours du prochaines décennies du fait des conséquences du changement climatique, les parties à la Convention des Nations Unies sur le Changement Climatique ont décidé de mettre en œuvre des mécanismes visant à protéger les populations et les économies. Cependant, à Doha, les négociateurs n’ont pour le moment pas réussi à se mettre d’accord sur la suite du programme de travail sur les « pertes et dommages » (loss and damage) entamé en 2010.

Toujours plus de catastrophes naturelles

Au cours des trente dernières années, le nombre de catastrophes naturelles et les pertes qu’elles ont créées n’ont cessé d’augmenter. Le réassureur allemand MunichRe, qui dispose d’une base de données exceptionnelles (ils connaissent ce qu’ils déboursent), publie chaque année un rapport sur les conséquences en terme de coûts et de pertes humaines de ces événements climatiques.
Ainsi, comme le montre le graphique suivant, le nombre d’événements climatiques, hydrologiques et météorologique a sensiblement augmenté depuis les années 1980.

Catastrophes naturelles de 1980 à 2012

Catastrophes naturelles de 1980 à 2012

De plus, selon les experts du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat (GIEC), cette augmentation est très probablement imputable au dérèglement climatique. Dans les prochaines décennies, il est prévu que le nombre et l’intensité (conjointement ou individuellement) des catastrophes naturelles augmentent. Par exemple, dans un article publié dans Nature Geoscience par Thomas Knutson en 2010, il est démontré que si la fréquence des ouragans va décroitre de 6 à 34% sous l’effet du changement climatique, l’intensité de ceux-ci va augmenter de 2 à 11%.

Une explosion des coûts pour les assurances

Dans la mesure où elles doivent rembourser leurs clients victimes de catastrophes naturelles, les compagnies d’assurance sont les premières concernées par l’augmentation de l’intensité et de la fréquence de celles-ci. Dans certaines zones, dont notamment en Floride, les compagnies d’assurance ont déjà commencé à relever le prix des primes d’assurance. Ainsi, selon la FEMA (l’équivalent américain de la sécurité civile), une élévation du niveau des mers de 30 centimètres conduirait à une augmentation des primes d’assurance de 30 à 65%. De la même manière, les pertes générées par la tempête Sandy, qui a récemment frappé le Nord-Est des Etats-Unis, ont été estimées à environ 20 milliards de dollars (les estimations allant cependant de 7 et 100 milliards), ce coût sera d’une part supporté par les assurances mais également par le gouvernement fédéral et les différents Etats touchés. Il s’agirait probablement de la tempête la plus coûteuse de l’histoire des Etats-Unis.
En conséquence de quoi, afin de limiter l’impact financier de ces catastrophes naturelles, certaines compagnies d’assurance n’hésitent plus à refuser d’assurer certaines habitations situées à proximité de zone dangereuse comme en Floride ou en Australie (notamment QBE en Australie) pour les maisons en bord de mer. Or dans la majorité des pays industrialisés, les gouvernements pallient souvent au défaut des compagnies d’assurance en remboursant de manière exceptionnelle les dégâts engendrés par les catastrophes naturelles.

Pourtant, ce qui est possible dans les pays développés ne l’est pas forcément dans les pays en développement où les gouvernements sont souvent trop endettés et déficitaires pour répondre à l’urgence. Ainsi, depuis 2010, les négociateurs aux Nations Unies réfléchissent à un mécanisme qui permettrait – à long terme – d’assurer les populations de ces pays des pertes et dommages dus aux catastrophes naturelles.

Loss and Damage

Au cours de la conférence de Cancun (COP16) en 2010, les négociateurs se sont mis d’accord sur la création d’un programme de travail sur les pertes et dommages liés aux impacts du changement climatique.

26. Decides to hereby establish a work programme in order to consider, including through workshops and expert meetings, as appropriate, approaches to address loss and damage associated with climate change impacts in developing countries that are particularly vulnerable to the adverse effects of climate change;

L’objectif implicite (et surtout à long terme) du programme sur Loss and Damage est notamment de contribuer au développement de mécanismes d’assurance et de micro-assurance visant à rembourser les populations pour les pertes subies du fait de catastrophes naturelles liées au climat. Par exemple, le réassureur allemand Munich Re a ainsi créé la Munich Climate Insurance Initiative en partenariat avec l’Université des Nations Unies afin de fournir des analyses et des recommandations pour faciliter la mise en œuvre de ce programme de travail.

Il faut toutefois préciser qu’il existe déjà une large variété de mécanismes d’assurance pour les catastrophes naturelles qu’elles soient climatiques ou non dans les pays en développement. Les deux principaux mécanismes sont le CCRIF (Carribbean Catastrophe Risk Insurance Facility) et HARITA (Horn of Africa RIsk Transfer for Adaptation). Sans rentrer dans les détails techniques, le CCRIF est une assurance régionale visant à assurer les pays de zone Caraïbe dès que l’intensité d’un ouragan dépasse un certain seuil défini contractuellement. HARITA  est par contre une micro-assurance pour les fermiers éthiopiens dont l’objectif est de permettre aux plus pauvres (principalement des foyers vivant sous le seuil de pauvreté) d’assurer leur production agricole.

Bien que ces initiatives aient besoin d’être améliorées pour répondre aux besoins croissants de la population des pays en développement, ils existent et fonctionnent. Ainsi la continuation du programme de travail sur les pertes et dommages est essentielle pour permettre à l’ensemble de la population mondiale d’être – un jour – assurée contre les conséquences du changement climatique.

Le texte actuel de négociations sur Loss and Damage : ici